lundi 9 mai 2022

Sassangy, Sassanbon!

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La France est toute devant sa télévision. Toute? non, car un petit village résiste encore et toujours à l'envahisseur! Sassangy est un petit coin tranquille de Bourgogne, à deux pas de Chalon-sur-Saône, et avec Armelle Devigon, de la compagnie LLE (prononcez deux ailes E), nous avons semé là des graines de poésie. 


La collaboration sent bon l'amour et la folie. On inventerait n'importe quoi pourvu que cela paraisse d'abord impossible. 

Et pour commencer, le village s'appellera SASSANBON plutôt que Sassangy. Tous les panneaux indicateurs et les flèches des environs seront changé certain lundi matin à la colle à tapisser et au papier machine. On le sait, la première pluie l'emportera, mais peu importe : le rêve a commencé d'exister.

Puis, durant la semaine, tout s'emballe petit à petit. Le mardi, ce sont quelques affiches Timotéo qui garniront intempestivement l'abribus, la grange communale, la façade de la mairie,...




Le mercredi, ce sont les rues qui changeront de nom. Notre rencontre avec Raymond, l'un des anciens du village, véritable bibliothèque vivante qui nous raconte devant une tasse de café (ou un verre de Bourgogne) toutes les histoires de son ancien bistro. De là, les rues se nomment bientôt "Place de la locomobile", "Rue des enfants sans vélo", "Rue Vous savez pas" ou la très étrange "Place du quincailler corniste et du boucher noctambule" sortie directement de ses magnifiques histoires à dormir debout.  





Alors vient le jeudi, et les fleurs dans les boîtes aux lettres. Dans le local exigu de la mairie, l'équipe (Armelle, Sylvie, François, Sarah, Chantal et moi) rassemblons les bouquets de fleurs des champs cueillies le matin même. Armelle y joint une carte qu'elle a imprimée en linogravure la veille, un lien de raphia pour lier le tout et le tour du village est entamé : 80 boîtes aux lettres. Une règle d'or : ne jamais refuser l'apéritif. Nous sommes en Bourgogne.






Vendredi, jour du poisson, nous trouvons tout autre chose : et si nous écrivions le prénom de chaque habitant du village sur le macadam? Cela fera la promenade de dimanche prochain, si tout le monde veut y lire son nom. Et voilà le travail.




Bien. Il reste samedi, et des tas de choses à faire. Alors nous poserons des miroirs aux trois fontaines.




Et nous suspendrons quinze attrape-rêves dans le chemin de bois de buis. Hop!




Puis nous inventons le mouton Oui-Non, le seul animal qui puisse faire oracle. Grâce à Jean-Pierre et Fabienne, bergers complices, ces braves bêtes portent dorénavant les mots OUI sur le flanc gauche et NON sur le flanc droit. Posez-leur des questions du style "Fera-t-il beau pour aller à la pêche?" ou "Madame le Maire sera-t-elle réélue?" , courez un instant dans la prairie pour mélanger les cartes et lisez l'oracle. Oui? Non? Le jeu peut durer longtemps.


Enfin, le dimanche, épuisés par tant d'idées et de belles volontés, tout le monde se rendra sous le hangar à tracteurs, entre la Peugeot déclassée et les meubles de cuisine écroulés, juste en face de ce four à pain qui ne tournait plus depuis belle lurette. Ca y est, on l'a rallumé, et chacun a apporté un pâton. La cheminée fume. Ludovic a sorti sa batterie et invité trois amis musiciens. Les bouteilles de blanc et de crémant d'ici sont sur la table. On peut danser et raconter sa semaine. 



Peu d'entre eux le savaient : la poésie change le monde. Quelques uns le pensaient impossible : la poésie est partout, sur le dos des moutons, sur les plaques d'indication routière, sur le macadam ou dans le rétroviseur. Beaucoup d'entre eux ne se connaissaient pas avant cette semaine. C'est maintenant chose faite. Oui, la poésie change le monde. On l'a prouvé avec Armelle et LLE. On l'a montré avec Sarah, François, Sylvie, Chantal et Dorian, avec Jean-Pierre et Fabienne, avec Emmanuel et Sylvie. On l'a réussi avec la complicité d'une mairie complice. Merci. Merci. Merci.


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Poketo poketo poketopoum poum poum!

 


Le Centre Culturel d'Enghien organise en avril une opération "En poésie, du mot au geste...". On y croise des ateliers, du slam ou des moments exceptionnels au gré du parc du château (mon dieu, qu'il est beau!)

C'est à cette occasion-là que j'ai pu afficher mes mots sur des murs historiques et parcourir avec un public nombreux et enthousiaste les gazons où jouent les scouts et où posent les mariés devant les bouquets de fleurs et les cygnes. Oui, c'est là que j'ai pu, au gré du spectacle au nom long comme l'année (Poketo poketo poketo poum poum poum est le titre du spectacle) parler de la beauté...

- Et elle est où, la beauté? Partout. Regardez la sculpture de Jef Lambeaux. C'est pas beau, ça? Oui. Voyez les arbres, les nids, les oiseaux, c'est pas beau, tout ça? oui, c'est beau! ... et là, le câble qui se détache du mur et dessine sur le ciel des lignes brisées pour nous promettre le 5G... C'est pas beau, ça? Mmmm? (silence) NON! Ce n'est pas beau du tout! Le 5G, ce n'est pas beau! C'est moche, c'est nul! Et si vous aimez la beauté tout au fond de vous, vous avez le devoir de vous révolter contre tout ce qui la détruit, pas vrai? Alors avec moi, tous ensemble ! C'est moche!! c'est Moche!! C'est Mooooooooche!


Voilà. Ca fait du bien. Ouf. 

C'est comme ça que la poésie sauve le monde.














mercredi 13 avril 2022

Le ciel tourne autour de la terre comme l’acrobate autour du poteau.

 Il en rêvait depuis neuf ans, il le prépare depuis un an, et voilà qu’il le réalise. C’est le premier jour du printemps. Et à 18h10, dit-il, la lumière est parfaite. Alors à 18h10, il traverse la place Flagey.

Tout le monde est prévenu déjà, et ses amis sont nombreux à attendre. Et puis il y a d’autres passants : des clochards qui éclusent les boîtes de bière bon marché le long des bancs, des mères de famille qui rentrent du boulot des enfants plein les mains, des curieux, des fonctionnaires et des artistes. Bruxelles est cosmopolisant.

Il traverse la place Flagey, vêtu d’un collant vert et coiffé dune perruque féminine. Il porte sur le dos un étrange tuba de cuivre et à la ceinture une poche de magnésite. Des chaussons souples d’alpiniste.

Il salue la foule à la japonaise. Il ne sourit pas, ou pas encore. Enfin, il tourne autour de cet étrange monument qui occupe un coin de la place. On dirait un paquet de cylindres empilés là par un enfant géant. Des formes jaunes en acier posés en un équilibre instable. Une pile de jouets, oui, de quinze mètres de haut, et qui donne l’air de tomber.

Et c’est là-dessus qu’il se met à grimper. Il agrippe chaque prise lentement, sûrement, et attaque une faille, un bord, une petite marge pour y poser un doigt, un pied, la prendre à pleine main et se hisser ou juste un orteil et prendre appui. Il grimpe.

(C’est arrivé à mi-hauteur que j’ai l’autorisation de monter debout sur un banc pour clamer haut et fort le texte écrit pour lui. Cela éclairera un peu peut-être la démarche du grimpeur, me dis-je. Alors je parle :


Le ciel tourne autour de la Terre comme l’acrobate autour du poteau, messieurs dames !

Oui, mais pourquoi ?

Je vais vous le dire, m’sieurs dames : Parce qu’il faut que les oiseaux retrouvent le ciel quand ils se réveillent. Car c’est là qu’ils nichent.

Ou alors ?

Ou alors juste parce que c’est beau...


et la Terre tourne autour du soleil, comme l’acrobate autour du poteau, m'sieurs dames.

Oui, mais pourquoi, mais pourquoi ?

Pour faire la course avec les cosmonautes ! Trop forts, les cosmonautes, ils filent avec leur fusée et dépassent tout le monde sur l’autoroute !

Ou alors… ou alors juste parce que c’est beau.


Tu sais, la lune tourne autour de toutes nos têtes en terre, comme l’acrobate autour du poteau.

Oui, sans doute, mais pourquoi ?

La lune tourne autour de nos têtes en terre pour provoquer des marées ! Je t’assure ! Des marées de sang à l'intérieur des ventres, ou bien des marées avec des vagues et de l’écume, des marées d’eau salée, des marées folles pleines de poissons qui sautent de bas en haut pour rester accrochés au soleil !

Ou alors ... juste parce que c’est beau.


Les voitures tournent autour de la Place Flagey, comme l’acrobate autour du poteau.

Pourquoi ? Tu sais pourquoi ?

Les voitures tournent autour de la place Flagey sans doute pour rattraper le temps. Ils sont en retard, en retard, je suppose qu’ils sont trop tard pour l’école et les enfants et les bureaux, les magasins, ils sont en retard alors ils tournent, ils tournent pour se donner de l’élan ! Voilà l’explication !

Ou alors... ou alors  juste parce que c’est beau.


Et Christiane tourne autour de Roger comme l’acrobate autour du poteau.

Pourquoi ? Je ne sais pas. Par amour, tu crois ?

Peut-être... juste parce que c’est beau ?

Le fou tourne autour du puits, tu sais pourquoi ? Le chien tourne autour du panier, tu sais pourquoi ? La mouche tourne autour de l’étron, l’athlète tourne autour du stade, Saturne autour du soleil, la paupière tourne autour de l’œil comme l’acrobate tourne autour du poteau. Et tu sais pourquoi ?

Tu sais pourquoi l’acrobate tourne autour du poteau ?

Juste parce que c’est beau.

Oui, ça doit être ça. Juste parce que c’est beau…)


Enfin, il arrive en haut. Le public amassé applaudit. La performance peut commencer.

Il étale une nappe de pique-nique et s’assied. Il négocie une place avec les pigeons. Il photographie d’en haut les yeux écarquillés. Il fait signe à l’un ou l’autre.

Voilà la police. Une camionnette, toute sirène hurlantes, fend la foule pour la faire reculer. Les portes claquent et les flics crient « Descendez immédiatement ! C’est un ordre ! »

Il sourit. Il sait que tant qu’il est en haut, il restera tranquille. Alors avec sa main il fait signe « cinq minutes ! »

- Descendez tout de suite !

- Je vais faire un peu de musique…

- Monsieur ! C’est un ordre !

- Un morceau pour la paix…

C’est là qu’il sort son tuba et nous lance quelques notes lentes, comme tout au bout du ciel, à hauteur des antennes et des corbeaux, entre les bombardiers russes et les bombardés ukrainiens. Il joue parmi les lumières bleues qui s’amoncellent. Il y a maintenant dix camionnettes de police tout autour de la place. Les habitants des façades ont sorti leurs visages. Ils ont pris des photos.

Et voici les pompiers avec la grande échelle. Et voici trois ambulances, au cas où il tomberait. Et voici l’échelle qui se déploie lentement et monte vers son nid. Il sourit.

Baba, clochard New-yorkais m’aborde « Why does he do that ?  Are you happy to see that ? White man are crazy. Never a black man do that... »

L’ange négocie sa descente avec le chef des pompiers. La nuit commence à tomber et les gyrophares éclaboussent les façades, le monument et les visages. Le casque blanc est bonhomme. Il a compris le professionnel qui ne tombera pas et joue son rôle jusqu’au bout. Il prend dans sa nacelle à moteur l’instrument de musique. L’acrobate fixe une corde et s’enfuit le long de la colonne, laissant le pompier descendre sa machine.

Les flics l’attendent en bas. Salut. Applaudissements. Porte qui claque. Sirène et gyrophare. Ils l’ont emmené. Reste de l’instant que nous avons vécu avec lui ce sourire qu’il a dessiné à la craie sur le cylindre le plus haut. Juste parce que c’est beau.

pour en savoir plus

vendredi 8 avril 2022

Amay, Nouvel an poétique


C'est la maison de la poésie d'Amay qui fête le nouvel an. En mars? Oui, c'est le printemps. Et SEPTembre devrait être le septième mois, si l'année commençait aujourd'hui. Les poètes ont toujours raison.

Alors Dominique Massaut ouvre son tout nouveau livre. Un collectif. Ou plutôt, une réunion d'amis autour de sa table, de son café fumant et de ses mots chaleureux. La salle est longue et étroite et sa voix porte bien. Puis une autre voix se lève tout au milieu de la pièce et donne son verbe haut. Une autre encore derrière moi. Laurence Vielle et Vincent Tholomé dialoguent de loin des invectives magiques qui invitent à nous déshabiller. Pas tout de suite. Vincent Granger souligne avec sa clarinette les phrases de Catherine Barsics. Jérémie Tholomé est là aussi, debout. Catherine Serre reprend des mots, David Gianonni traduit, ivre comme un Italien de chianti et de poésie, et le très sage Jean-Pierre Massaut (le père de Dom) courbé sur sa canne, écoute et file un vers en latin. C'est à mon tour, je me lève pour me tenir debout sur ma chaise.

Et puis il y a quelques affiches sur les murs de la rue pour ceux qui ne sont pas entrés. Elles sont là pour quelques semaines.






lundi 4 avril 2022

Petit Leez, galerie Exit 11 : Consacrer tous nos crépuscules

 

Bâti au XVIIème siècle avec des millions de briques façonnées à la main, du mortier de paille de seigle et des poutres de vieux chêne, le château de Petit Leez fut tour à tout au cours de l’Histoire château du seigneur de Grimberghe, place défensive, ferme exploitée par la famille Gendebien, puis haras d’élevage de chevaux de trait, ferme à betteraves et céréales dans les années 60 avant de devenir restaurant de luxe et, aujourd’hui, galerie d’art. En 1991, la riche famille Dielemen-Lemmens, antiquaires et marchands d’art bruxellois, s’intéresse au château, l’achète et en fait un bijou d’habitation, de location et d’exposition. C’est là qu’aujourd’hui leur fille Elizabeth ouvre ses portes à une exposition dédiée aux arts de l’imprimerie sous plusieurs formes : sérigraphie, bois, litho, taille-douce ou linogravure. J’ai le grand honneur d’en être.

Pour la première fois, oui, une galerie d’art s’intéresse à mon travail. Et cet écrin dans lequel je pose mes gravures flatte le noir et blanc de mon travail.




Dès la sortie du parking, le visiteur trouvera mes affiches sur ces immenses murs de brique rouge que la ferme tient debout depuis des siècles. La galerie interne compte de beaux espaces lisses où se posent mes cadres originaux. La plus grande jouxte le bureau d’accueil.

Dans l’immense cour, habitée d’un catalpa majestueux, deux proverbes sur toile dont un dit « Consacrer tous nos crépuscules à allumer de claires bougies dans l’air miné de satellites ». l’immense porte de bois ouvre vers les champs (et ces chevaux qui courent, pétrifiés par le sculpteur) ne sait plus que penser.






Cet espace est occupé aussi par d’autres artistes : voyez au passage le travail de Yunghi, de Chloé, de Robert, de Catho, de Benoît et des autres. Au passage : les œuvres de Nathalie VandeWalle. Gravures sur bois, très grand format, qui nous décrit inondations et cataclysmes. Saisissant.

Un écrin. Un trésor dont je m’enorgueillis de faire partie durant un long mois (20 mars au 1er mai 22). Profitez-en. Courez-y. Moi, je retourne à l’atelier. Je vais encore imprimer, coller, écrire et dessiner. Le monde est vaste.




mardi 8 mars 2022

Sprimont, à chaque caillou son siècle de patience.

 "Nous sommes bien entendu favorables à la liberté d'expression, mais cela ne convient pas dans ce cadre-ci" Quel cadre? De quoi parlons-nous? Et qui a écrit ceci? C'est un extrait d'une lettre du conseil communal de Sprimont, signée par le bourgmestre (MR) adressée au Centre Culturel en réponse à une demande après tout fort banale : de la poésie (de ma poésie) dans les rues de Sprimont.

Ils ont donc dit NON. Non au "Capital est une maladie que tu vas attraper par les bourses", NON au "Dernier cri du coït", NON au "Cuir des portefeuilles", NON au "Joyeux Bordel cannibale". Ces mots ne conviennent pas à l'espace public. Des enfants pourraient lire. Des gros mots? Bordel est donc associé à Capital, à Coït, comme Portefeuille? Ce sont là des grossièretés que les enfants ne devraient pas entendre? J'aime cette association. Ou alors est-ce cet anticapitalisme de base qui caractérise mes aphorismes qui touche le cœur d'une société bien à leur goût qui s'écroule pourtant. La peur provoque-t-elle la panique et de ces gestes de protection? Allez savoir.

La réaction a été belle : le CC a lancé la nouvelle sur les réseaux sociaux et un bon nombre de citoyens (ô merci à eux!) ont répondu "Derrière ma fenêtre, sur ma façade, rien n'est interdit! Passez frapper à ma porte, et vous serez accueillis!" Enfin, après quelques corrections et l'envoi (exigé par la commune) des textes complets pour révision, nous partons coller et suspendre avec le document enfin approuvé en mains.

Merci Julie (du CC) qui assure comme une guerrière sous la pluie et le grésil. Merci Céline (directrice du CC) qui, au téléphone il y a quelques jours encore, tremblait des lèvres en me lisant la lettre du collège. "On fait comment? On continue?" Oui. Merci Patrice, cordes et pythons pour que cela tienne et que le corbeau-pirate fasse la grimace au ciel mauvais.

Le jeudi fut jour de nique (oh!) et le vendredi St Rébellion (Oh!), enfin 30 lieux de la commune osent dire une opinion. Il y a, comme signe souvenir de cette surveillance permanente, des "D'après Google, vous êtes ici" à tous les carrefours, dans tous les hameaux, et sur quelques fenêtres. Et pour chapeauter le tout, le plus grand de ces signaux se trouve chez Big Brother, sur le mur du bureau maïoral. Oui, c'est subtil. Mais il fallait y penser et signifier quelque chose.

Dans un mois, c'est foire du livre engagé. J'y serai. C'est cette photo de Timotéo devant l'affiche "Désobéir" qui fait l'identité de l'événement. Flatté, vraiment.



















jeudi 6 janvier 2022

Il faut que tu me comptes parmi nous.




Nouvel an, nouvel élan! Voici mon dernier livre, IL FAUT QUE TU ME COMPTES PARMI NOUS, paru juste avant Noël. Il s'agit des cinquante poèmes linogravés durant le premier confinement en mars-avril 2020. Souvenez-vous : on parlait de laisser disparaître le tiers de la population humaine, les rues étaient désertes, les renards étaient en ville, les trains étaient vides. "A quoi peut servir un poète dans ce contexte-là? La poésie, c'est du rien! " me suis-je demandé. Rien n'a été plus urgent. Rien n'est plus urgent que rien.






Editions Territoires de la mémoire

ISBN 978 2 930408 49 1

Disponible chez moi (mail ou MP)

chez eux : www.territoires-memoire.be

ou chez votre libraire habituel








samedi 11 décembre 2021

d'après Google, vous êtes poètes, mon nouveau livre

La poésie sauvera le monde un soir de fiançailles entre le ciel et le ciment. Elle criera à l'humanité entière "Je t'aime même quand tu pues!" et puis elle enfantera des millions de femmes et d'hommes avec des crayons à la place des doigts. Et les murs de la ville auront pris la parole, la poésie divorcera des libraires et des éditrices, elle se donnera nue à tous les passants rougeauds. Au printemps, vers midi, les mots semés sur le pavé glacé des trottoirs se mettront à fleurir en parfumant les arrêts de bus, les commissariats et les vitrines Adidas.





D'après Google, vous êtes ici et d'après moi, vous êtres poètes. Vous aimez tenir un stylo et donner des nouvelles du monde, de vos amours, de vos espoirs. Depuis 2016, je colle de la poésie sur les murs des villes que je traverse. "Je suis venu vous dire que tout était possible" disait Julos Beaucarne.






C'est le rôle de ce livre. Préparez vos pinceaux, la colle, l'encre et le papier.

Bookleg à 3€

Merci les éditions Maelström!

Pour commander, c'est ici : maelström

mardi 7 décembre 2021

Je ne sors qu'habillé de cages - Prison de Paifve





 JE NE SORS QU' HABILLE DE CAGES.

Cette phrase est désormais inscrite sur un mur de la salle des visites de le prison de Paifve. Elle touche le plafond avec les pieds d'un cosmonaute sur une affiche immense que nous venons de placer avec l'échelle d'aluminium. Je recule de trois pas. L'échelle monte vers le ciel. Le texte est lisible. Les nuages par la fenêtre sont désespérants. Un cosmonaute s'y ennuierait. Mais parlons d'autre chose.

Mon amoureuse est là. Elle m'accompagne en cette opération délicate. J'ai une journée pour poétiser les murs d'une prison. Ou plutôt d'une aile psychiatrique. Ou encore de l'Etablissement de Protection Sociale de Paifve. Ici, on ne dit pas Prévenus, on dit Patients.

"La plupart sont arrivés avant moi, nous confie l'agent qui nous accompagne, et ils sortiront bien après moi. Sachant leur état psychiatrique et les délits qu'ont commis certains, il n'est pas question de les relâcher." Et pourtant... mais parlons d'autre chose.

"Je ne suis pas fou!" réclame l'un d'eux. "Et vous faites quoi, là?" De la poésie. Nous allons afficher de la poésie dans toutes les sections. Vous pouvez lire cette poésie (savent-ils lire? pas tous.) Je suis fou de poésie! (Sont-ils tous fous? Non, je suis Africain, donc je ne sais pas lire..." sous-entend celui-ci.) On a besoin de beauté et de poésie! (Mais qu'ont-ils commis comme délits? Vol à la tire, répond celui-ci, je me suis laissé entraîner, continue-t-il. Le gardien nous le décrit gros menteur. ) Qu'importe. Nous sommes là, avec ces mots, ces affiches, ces proverbes, ces poèmes : LE POIDS DE L'ENCRE FERA CROULER LES MURS prend déjà un tout autre sens ici, entre ces parois sans fenêtres. D'APRES GOOGLE, VOUS ETES ICI repris huit fois dans le couloir leur rappelle sans doute combien ils sont surveillés. Mais parlons d'autre chose...

Nous inscrivons "COMMENT FAIS-TU POUR ETRE AUSSI SOLIDE? derrière le babyfoot. Et personne ne répond. Le couloir est vide à cette heure-ci du week-end. Seul un gardien passe pour ouvrir le clapet de chaque porte métallique des cellules et jeter un œil. Toujours vivant? Un doigt sur l'interrupteur. Oui, ils dorment, assommés par les médicaments.

Alors nous continuons à coller. L'INCENDIE DES HORIZONS juste à côté de l'extincteur. (Quelqu'un rira-t-il? Un patient? Un maton? Un soignant?) FAIS-MOI RIRE MAIS FAIS-TOI RARE (Rien de plus parlant dans ce couloir de grilles et de portes métalliques inhabitées.) Et puis FRUCTIFIEZ, FRUCTIFIEZ, cette échelle de papier que nous posons près de l'escalier et qui appelle le ciel pluvieux. Une évasion serait facile si le poème était porteur.

Voilà la salle du tribunal. Que pourrions-nous y lire? Qu'allons-nous dire aux juges qui travaillent là? UN DISCOURS SUR L'IMPORTANCE DES GRIMACES ET DES BAISERS. Voilà.

Et ici, face à la cellule de Pierre, poète inconnu, que pourrions-nous placer? TU ES POETE, SIGNEUR D'ALARME, ETRANGE MELANGE D'ANGE ET D'ARME. Une évidence. Car nous offrons des armes, des mots et des encrages à ces naufragés de nos jugements. Nous leur soufflons "L'AMOUR EST UN BATON D'AVEUGLE FACE AUX MURS DES VISAGES" près des tables de jeu. Nous confirmons "SOLITUDE : ATTITUDE DU SOLEIL" derrière le babyfoot, nous collons des lettres anonymes à ces bougres sans fenêtres, sans soleil et sans oiseaux. Nous clamons des mots d'amour à ces solistes du poil, nous déclamons quelques vers à ces illettrés sensibles. Mais parlons d'autre chose.



Notre gardien prend le temps d'expliquer. Chaque cas est particulier : T est handicapé, il adore les voitures. Monsieur B est servant aujourd'hui. S laisse sa radio Hard Métal en permanence. I ne sait pas lire. Et tous, s'ils sont ici, ont commis un crime ou l'autre. Et puis il y a le virus. Le virus a désorganisé les visites. Le virus a désorganisé les repas. Le virus a empiré une situation grave. Mais parlons d'autre chose...Oui. Parlons d'autre chose.

Je ne sors qu'habillé de cages, vous dites? Il y a déjà deux perruches dans une grande cage à la section 3. Il y a désormais un Iroquois dans l'abribus. FACE A LA FOULE D'ENFANTS NEUFS dit-il. Oh, il n'y a pas de bus, non, mais une aubette au jardin pour s'abriter des gouttes. Et dorénavant, dans ce décor gris de béton ferrailleux aux trop rares fenêtres et au grillage haut, aux portails métalliques et aux herses de fonte, parmi les 200 affiches et mots placés sur dix couloirs, cinq salles et des portes vitrées, il y a une banderole. Celle-là est visible de tous : cuisiniers, matons, plantons, agents, patients, visiteurs et autres. Et celle-ci dit JE ME REJOUIS DE TE SAVOIR EN VIE.

La grille se referme derrière nous. Nous somme sortis. Demain, St Nicolas distribuera des jouets aux enfants sages. Oui, voilà, parlons des enfants sages. 





jeudi 25 novembre 2021

Un interview par Willy Lefebvre

 





Willy Lefebvre, membre actif de l'Association des Ecrivains de Belgique, à tenu à me questionner sur ce grand voyage à pied. Mardi 22 novembre, donc, nous nous sommes retrouvés chez lui à Bruxelles, sur des fauteuils profonds pour une causerie au ton léger et rieur... Voyez plutôt : 

Ici




mercredi 20 octobre 2021

À pied jusqu'à la lune II

 Et voici que tout se termine. Le samedi 9 octobre 2021, en fin d'après-midi, je marche sur la "route de Dancie" à Nonards, en Corrèze. Une petit fille court vers moi en criant Papouche ! Je crie à mon tour le prénom de mes deux petits enfants "Myrtiiiiiille !!" "Leeeeoooo !!!" et cette voix résonne dans la forêt et s'en va percuter les parois rocheuses de la vallée de la Dordogne.

Ça y est, je suis arrivé. Parti de Namur (B) le 2 août, cela fera 801 km de marche et 69 jours d'errance. Autant de nuits près de vous, sinon à la belle étoile ou dans quelques hôtels où relais. Et mille histoires à raconter, depuis un grand Amour neuf jusqu'à un décès proche. 

Et puis surtout, ce poème de 801km de long. Il existe, il est là. Voici d'autres photos, en attendant qu'un livre les reprenne toutes.


























Que chaque personne croisée soit remerciée, que chaque regard sur mes graffitis soit touché, et bon sang que la vie est belle quand elle va lentement!

Définitivement, l'Urgent ne fait pas le bonheur.