samedi 2 mai 2026

POEMA à Ecuray : C'est quoi, ce travail?




Le festival POEMA m'invite cette année avec une magnifique commande : une semaine de résidence à l'abbaye de ECURAY (à deux pas de Bure, en Lorraine) me permettra de réfléchir au sens du mot "TRAVAIL" et à afficher dans tout le domaine le fruit de mes réflexions. 

Bien! je m'empare bien vite du sujet et déjà pendant les trois mois précédents (de décembre à mars), je rassemble une trentaine de témoignages. "C'est quoi, ton travail?" demandé-je à mes rencontres. Les poètes me répondent, les agriculteurs et trices, les profs, des comédiens, un physicien, un cuisinier un ardoisier, une psy ou un moine apportent de quoi nourrir la réflexion. J'en tire quelques dessins, empreintes de leurs mains et de leurs mots.








Une fois sur place, le thème s'approfondit par quelques lectures passionantes : qui a inventé le travail? Qu'en a fait Taylor? Et puis Ford, l'inventeur des ouvriers à la chaîne? Yvan Illitch me passionne et le légendaire Stakhanov me fait rire. 








Ceci m'amène à réfléchir sur le métier que j'exerce : le métier de poète. Là aussi, des lectures et des rencontres me fournissent de quoi dessiner et écrire quelques affiches inédites. Je cite Sabine Venaruzzo, Aurélien Dony, Antoine Mouton (des contemporains) mais aussi Jean Giono ou Blaise Cendrars. 










J'en profite pour y glisser ma propre réflexion : "Peut-être s'agit-il d 'apprendre à prononcer le mot Mer jusqu'à ce qu'il vous emmène loin..."  avec une main à six doigts. Cette main est celle de la Poésie : elle ouvre l'imaginaire, tous les possibles dans un symbole de l'oeuvre et de la chair.





Enfin arrive le 30 avril, jour de l'installation. 

- Où peut-on coller?

- Partout où ce n'est pas classé monument historique!

- Et qu'est-ce qui est classé?

- Tout!


Restent les tabourets d'information, les rambardes du pont, quelques murs en ciment, le sol de macadam et la conciergerie. Tout sera couvert. 70 affiches inédites et quelques gravures déjà vues ailleurs.










L'alphabet des insurgés écrit les synonymes du mot (Gagne-Peine, Chômage central, Travail que Vaille,...) et voilà le travail!

Merci à POEMA (www.poema.fr

et à l'abbaye d'Ecuray (https://www.portesdemeuse.fr/abbayedecurey/)

mardi 28 avril 2026

Festival Ô chapô à Jodoigne : Poketo poketo poketo poumpoumpoum!



Vous l'avez peut-être déjà vu : je joue un spectacle qui porte pour nom "Poketo poketo poketo poumpoumpoum!" le secret de ce titre ? C'est un alexandrin. Et comme le parcours des affiches collées dans le quartier visé est en même temps une leçon de poésie possible, il fallait un titre en douze pieds.




Et cette semaine d'avril, c'est le domaine du Stampia, à Jodoigne (B) qui se retrouve poétisé, collé, mascardé, contreplaqué, peint et décoré. C'est là qu'habitent les comédiens itinérants de la compagnie "les baladins du miroir" Le grand bâtiment du milieu voit ses murs blancs tagués de mots, le jardin se retrouve tendu entre deux banderoles, et le sentier qui longe la petite Gette (rivière charmante) coule de couleurs et d'encre. 




Et puis et puis surtout il y a dans ce Poketo d'aujourd'hui un moment jamais vécu ailleurs. Ma troisième station, celle où je dois justement expliquer ce qu'est un alexandrin, se donnera devant la roulotte de Daniel. Je m'y arrête donc, forme un demi-cercle avec le public (40 personnes tout de même, il est 13h sous le ciel bleu d'un printemps qui se prend pour l'été), puis je lis cette affiche collée à son flanc à la peinture écaillée, entre les cordes qui retiennent le toit en bâche plastique, près des roues aux pneus dégonflés, rouge émail, blanc crème sûrie, chrome crevé. J'annonce donc que nous sommes devant l'habitat de Daniel Hélin, fameux poète belge. Les gens applaudissent. Daniel sort son gros ventre et ses cheveux de mulet en cavale, son menton est bien rasé et ses deux pattes d'ours tiennent une feuille de papier.

Il lit un poème. Le moment est très beau. Court. Intense. Désolé. Souriant. Gratuit. Offert. Stupéfiant. Ensoleillé. Silencieux. Poétique. Magique. Simple. Et quand il se tait, les arbres sourient.




La digue est une mer en flottante élastique.

Oui, c'est un alexandrin. La leçon peut commencer.




La rue est à nous : à qui appartient Dinant?



La démarche a commencé déjà il y a longtemps. Comme les touristes envahissent la cité touristique la plus visitée de Wallonie, le centre culturel a décidé de rendre la rue aux habitants. Et ce samedi 25 avril, la rue a appartenu aux Dinantais. Pour de vrai.




J'ai donc donné, en janvier et février, des ateliers poésie dans le quartier et aux écoles, puis tous ces travaux ont rejoint les miens sur les murs, les portes, les boîtes aux lettres de ces trois rues baignées de soleil. 




Depuis hier, je colle des affiches et j'écris à la chaux. Et ce matin, je colle des post-it que les enfants ont écrits. Chaque sonnette, chaque boîte aux lettres a son petit poème : "La vie c'est le foot, la mort est un crayon sans mine, l'amour est tout rose!"




Et tout autour de moi, la rue barrée aux voitures s'anime de meubles, de jeux en bois, de fanfares, de dessins géants. Ce sera à moi de jouer vers 14h. Voilà le théâtre des Arts Nomades, voilà le cirque de Lady Cocktail, voilà la folie de Vrais Majors. 

Il y a dans cette ville 40 saxophones géants, puisque Adolphe Sax est né à Dinant. Je commente : "Ne vous étonnez pas de voir ici des cornemuses géantes, c'est parce que Jean-Pierre Cornemuse est né ici tout simplement." Les rires font de l'ombre aux arbres...




vendredi 10 avril 2026

Bientôt Sachangy-ci et là!

Le petit village de Sassangy (F-71), à deux pas de Chalon-sur-Saône, est chaque année le théâtre de grandes élucubrations poétiques. En 2022, il se nommait Sassanbon et voyait se moutons couverts de OUI et de NON. En mai 2024, à Sassamblés, les habitants se réunissaient chaque soir sur la "Place du boucher nocatmbule et du quincailler corniste" (sic) pour dire ou écouter des poèmes. En mars 2025, le maire posait la première pierre du viaduc Sassangy-Bruxelles en présence d'un Ministre belge des affaires étranges arrivé en pelleteuse. 




Et cette année 2026, retenez bien les dates des 8-9 et 10 mai, le programme est déjà alléchant :  depuis quelques mois déjà, notre territoire élastique a déclaré son interdépendance. 



Et le vendredi 8 mai, nous vous invitons à une balade exploratoire de ce nouveau territoire. Avec votre passeport délivré par le Bureau des réfugiés poétiques, vous découvrirez les spéciatlités nationales : un verre de lait de chaise, un étonant référendum par ciel, la piscine municipale avec ses six reines et bien d'autres poèmes en chair et en eau.




Le samedi 9 mai, tradition oblige, ce sera le "Grand marché du lundredi". Parmi les échoppes de fromages et de légumes et le forum des associations d'un nouveau monde possible, vous croiserez aussi des marchands de moustaches fraîches, un joueur de carotte à bec, des bocaux de parole à emplir en self-service, et bien d'autre poèmes à mâcher.




Enfin le dimanche 10 mai, c'est le jour des élections. Pour qui votera ce nouveau peuple? Quatre candidats : le tilleul du bicentenaire, la fontaine bavarde, la vache de Pierre-Louis ou le chien à moustaches? Non, les humains n'ont plus droit de se présenter. Voici l'occasion du festin et d'un bal. Ou de relire un poème gonflable.


Plus d'infos encore sur le site


jeudi 2 avril 2026

la presse : Télé régionnale Canal Zoom et journal L'Appel


 

Voici un lien important : c'est CANAL ZOOM, la télé régionnale de Gembloux qui parle du projet PRIZME auquel j'ai participé ce printemps en repeignant la ville avec des mots (voir les articles du blog sur ce thème)

https://www.canalzoom.be/culture/prizme-la-poesie-sinvite-sur-les-murs-de-gembloux/23760


la photo est de Philippe Jehotte. Merci à lui.

PRIZME à Gembloux, épisode 5 : le vernissage




C'est la découverte d'une Amérique sous nos pieds. Des mots sont là, accrochés à la mémoire de la ville. Car, comme nous le rappelle Thimoty, comédien local venu dire des textes sur le parcours, la ville n'est pas ce que nous en voyons. Paul Willems, poète belge, nous le dit : la Ville est faite de mémoire. Et celle-ci, Gembloux, semble avoir vécu de nombreuses histoires. Le beffroi debout, les facultés aux mains ouvertes sur le jardin, les restes du mur d'enceinte, la Grand'rue et ses échoppes à moitié fermées comme des yeux qui attendent le lever du soleil, autant de parties de ce corps énorme de pierre et de béton couchées sous nos souliers de promeneurs maladroits.










"Il y a 110 oeuvres posées sur 58 espaces de la ville" dis-je, les deux pieds posés sur une citation écrite à la chaux. "C'est le coeur qui parle, madame et il a la même voix que le soleil." Aujourd'hui, le soleil chauffe le pavé en pierre bleue de la Place de l'Orneau et le vent secoue les ruelles fines où nous nous faufilons un par un. 







L'escalier couvert de vers impressionne. La fresque des papillons émerveille. Le rhinocéros est applaudi. Quatre-vingt badauts badent, le coeur en bandouillère, pour se découvrir poètes. C'est une réussite. Et la longue silhouette du bourgmestre commente de temps en temps un site historique, des travaux à réaliser, une confidence ou une légende. Enfin, nous nous arrêtons devant l'oeuvre de l'Atelier Sorcier. Un groupe de femmes qui a réparé une fissure de la ville à l'aide d'or. Comme le Ghinzugi japonais où l'on répare les vases brisés en mettant en évidence la fissure à l'aide d'une colle dorée (Heureux les félés car ils laissent passer la lumière), un mur de cette rue du moulin s'est vu emplir de cannettes dorées, de fil, de boîtes, de poupées couvertes de feuilles d'or pour rendre la beauté à ce qui nous rend fous.








Dans les couloirs de la faculté, les voix se perdent à présent. Marie D prend sa parole de slameuse. Tout finit en poésie, en chips ou en vin blanc. Adeline prendra congé une semaine. Arabella éclate encore un peu de son rire carillonant. Elisabeth, de la galerie Exit 11, peut être fière de son travail. C'est elle qui a fait le lien entre sa ville qui demandait de l'art et un artiste de sa galerie qui aime repeindre les villes couleur de rêve.