jeudi 9 avril 2020

Le triomphe du saltimbanque








Le triomphe du saltimbanque

Ed Transboréales (Paris) mai 2011



Mais qu'est-ce ?



Publié sous mon vrai nom - Stéphane Georis -  voici une réflexion sur mon métier : artiste de rue. 
La collection "Petite philosophie de voyage" m'invite à glorifier l'art du saltimbanque. Par la magie d'un geste, la drôlerie d'un clin d'oeil, et la grâce de l'imagination, il s'agit de réinventer le monde à l'intérieur d'un cercle de craie et réapprendre au citadin pressé, le temps d'un spectacle, à sourire et à rêver.


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Extrait : 



" Le voyageur saltimbanque n’est jaloux que du soleil. Nulle part ailleurs sur terre, on ne peut trouver un astre aussi brillant que lui, avec sa crinière d’or faite de ses émerveillements, de sa générosité, de ses blessures, de la richesse que lui procurent ses mille voyages quotidiens dans un ciel d’azur ou de coton lourd, tant de satellites et autant de promesses. L’apprenti saltimbanque se veut soleil. Il est cet astre aussi brillant que possible pour les piétons, spectateurs présents dans son ciel du jour. Son apparition sur une scène ou un coin de pavés doit réchauffer les cœurs. Déjà. Et il est prêt à recommencer chaque jour. Encore. Car c’est là son métier : soleil piéton.

Il le sait, nous le savons : jamais il ne sera le soleil, non. Ou pas plus longtemps que le court moment de son numéro. C’est sans espoir, sans rêve, sans but. Jamais un homme qui marche dans la rue, cherche dans les vitrines les prix les plus bas et boit une bière à la terrasse en disant du mal d'un sportif à la mode ne sera cet astre merveilleux qui fait de nos journées des souvenirs doux et chauds. Ce n'est qu' impossible.

Le saltimbanque n’est jaloux que du soleil. Il doit apprendre à tracer un cercle de craie aussi rond qu’un astre. Il doit apprendre à sourire et à briller autant qu’une étoile en plein jour. Il doit apprendre à occuper l’espace où il se trouve jusqu’au moindre recoin, comme le fait la lumière. Il doit apprendre la générosité, le brûlant de l’estomac, des poumons et des cœurs fauves, l’éclat des yeux les paumes ouvertes, enfin le rire à grand fracas comme fait le soleil sur les façades d’Italie. Alors, au milieu de ce cercle et de la foule qui l’entourera peut-être, il sera un instant un instant seulement ce soleil piéton que nous montrent les gravures des siècles précédents. Puis il sera à nouveau passant. Simple passant comme la pluie. "



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1 commentaire:

Monazarts a dit…

Bonjour à vous .votre poésie est un baume sur le coeur de mes balades aux aurores dans la commune Bruxelloise de St.Gilles. merci.