Le FIESTIVAL, c'est le festival de poésie des éditions Maelström. Cette année, ils fêtent la 20ème édition. Et en même temps, les 20 ans de la collection "Bookleg". Voilà une belle occasion de lancer un projet un peu fou, me dis-je. Et voici la proposition que j'ai faite à David Gianonni, le directeur de ce merveilleux bordel : si le festival se donne en deux lieux, à savoir la boutique Maëlström, place Jourdan et le Rideau de Bruxelles, rue Goffart 800m plus loin, pourquoi n'écririons-nous pas un poème sur le trottoir pour joindre l'un et l'autre?
Il est 7h du matin le jeudi 21 mai lorsque je retrouve Léa Cerveau et Jazz (c'est son surnom) devant la boutique. "Tu veux un croissant? "Merci. Je mélange l'eau et la chaux, puis on démarre. L'un en haut, l'autre en bas. Nous nous rejoindrons vers midi, et Vincent Tholomé sera avec nous dès qu'il descendra du train de Namur."
C'est l'heure des écoles, des ruées de jeunes descendent des bus et envahissent les trottoirs jusqu'aux grilles des collèges. Ne nous laissons pas bousculer.
UN VISAGE S'ECROULA, EPUISE/ J'EMPORTERAI LE ICI AVEC MOI/ ET UN GROS PAPILLON DEGUEULASSE/ SUR CE CONTINENT NEUF/POUR EN FAIRE SON MONDE/ UTOPIE PIE-PIE/ SOUS L'EPAULE BLEUE DES CATHEDRALES
"Vous faites quoi? demandent les passants. ce sont des piétons, parfois des cyclistes ou un automobiliste qui ouvre sa fenêtre. "Léa prend un livret, ouvre une page au hasard, lit la phrase qui lui tombe sous la main et me la dicte. Voilà un cadavre exquis."
IL PARLE SON SILENCE/ DANS LA MONTAGNE GIT UNE PIERRE LONGTEMPS SACREE/C EST A CHACUN DE DECHIRER SA DECHIRURE/ ET MOI/ EN QUATRE,EN TROIS, C EST MOI/ JE N'AI AUCUNE IDEE PERSONNELLE SUR LE FAIT D'ETRE AU MONDE
Nous arrivons au carrefour. Opération délicate. Il faut nous accorder aux feux de circulation. Je me tiens prêt, le seau de chaux dans une main, le pinceau à très long manche dans l'autre. "Vert!" clame Léa. On y Va. Ecrire écrire écrire "Rouge!" c'est court, oui. "Vert!" on y retourne. "Rouge!" vite, le trottoir. "Vert!" encore un mot "Rouge!" de l'autre côté. Le fleuve de voitures reste sans pardon. S'il fonce avec ses chevaux d'acier et d'aluminium "Vert!" dernier accent. "Rouge!" trottoir définitif. Ouf. On peut souffler.
C'EST DU VIDE QUI A REMPLACE TA DENT/ C'EST CE QU'ON APPELLE LE COURS DES CHOSES/ CONVOITEES PAR LES POETES/ SONGE DONC
La police est surprise. Elle s'arrête et demande si nous avons l'autorisation; Oui, l'organisation doit avoir ça. On appelle, tout arrive par e-mail. "Oui, dit le flic en lisant sur mon écran de gsm le tout petit document officiel, vous avez l'autorisation pour l'événement dans la rue, mais pour peindre sur le trottoir? Rien!" Zut. "Or une dame s'est plainte : elle a une tache sur son soulier!"
ARRETE-TOI AU SEUIL DE LA PORTE/CE CIRQUE N'EST QU'UNE PARADE/ LA JOURNEE, JE PLIE LES CARTES EN 4, EN 8/ ENTRE PEAU ET CONTOUR/ME VOILA SOULAGE CAR TU VIVRAS TOUJOURS
Une demi-heure de négociation et nous voilà libres. Nous irons jusqu'au bout, et la pluie fera son boulot de nettoyage dans les semaines qui viennent. Ce soir, c'est la grande soirée lecture au Rideau de Bruxelles : 40 poètes et poétesses seront sur scène, jusqu'au bout de la nuit. Oui, les plus résistants auront droit au petit-déjeuner à 6h. Je n'en serai pas.





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