C'est la découverte d'une Amérique sous nos pieds. Des mots sont là, accrochés à la mémoire de la ville. Car, comme nous le rappelle Thimoty, comédien local venu dire des textes sur le parcours, la ville n'est pas ce que nous en voyons. Paul Willems, poète belge, nous le dit : la Ville est faite de mémoire. Et celle-ci, Gembloux, semble avoir vécu de nombreuses histoires. Le beffroi debout, les facultés aux mains ouvertes sur le jardin, les restes du mur d'enceinte, la Grand'rue et ses échoppes à moitié fermées comme des yeux qui attendent le lever du soleil, autant de parties de ce corps énorme de pierre et de béton couchées sous nos souliers de promeneurs maladroits.
"Il y a 110 oeuvres posées sur 58 espaces de la ville" dis-je, les deux pieds posés sur une citation écrite à la chaux. "C'est le coeur qui parle, madame et il a la même voix que le soleil." Aujourd'hui, le soleil chauffe le pavé en pierre bleue de la Place de l'Orneau et le vent secoue les ruelles fines où nous nous faufilons un par un.
L'escalier couvert de vers impressionne. La fresque des papillons émerveille. Le rhinocéros est applaudi. Quatre-vingt badauts badent, le coeur en bandouillère, pour se découvrir poètes. C'est une réussite. Et la longue silhouette du bourgmestre commente de temps en temps un site historique, des travaux à réaliser, une confidence ou une légende. Enfin, nous nous arrêtons devant l'oeuvre de l'Atelier Sorcier. Un groupe de femmes qui a réparé une fissure de la ville à l'aide d'or. Comme le Ghinzugi japonais où l'on répare les vases brisés en mettant en évidence la fissure à l'aide d'une colle dorée (Heureux les félés car ils laissent passer la lumière), un mur de cette rue du moulin s'est vu emplir de cannettes dorées, de fil, de boîtes, de poupées couvertes de feuilles d'or pour rendre la beauté à ce qui nous rend fous.
Dans les couloirs de la faculté, les voix se perdent à présent. Marie D prend sa parole de slameuse. Tout finit en poésie, en chips ou en vin blanc. Adeline prendra congé une semaine. Arabella éclate encore un peu de son rire carillonant. Elisabeth, de la galerie Exit 11, peut être fière de son travail. C'est elle qui a fait le lien entre sa ville qui demandait de l'art et un artiste de sa galerie qui aime repeindre les villes couleur de rêve.










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