Vous l'avez peut-être déjà vu : je joue un spectacle qui porte pour nom "Poketo poketo poketo poumpoumpoum!" le secret de ce titre ? C'est un alexandrin. Et comme le parcours des affiches collées dans le quartier visé est en même temps une leçon de poésie possible, il fallait un titre en douze pieds.
Et cette semaine d'avril, c'est le domaine du Stampia, à Jodoigne (B) qui se retrouve poétisé, collé, mascardé, contreplaqué, peint et décoré. C'est là qu'habitent les comédiens itinérants de la compagnie "les baladins du miroir" Le grand bâtiment du milieu voit ses murs blancs tagués de mots, le jardin se retrouve tendu entre deux banderoles, et le sentier qui longe la petite Gette (rivière charmante) coule de couleurs et d'encre.
Et puis et puis surtout il y a dans ce Poketo d'aujourd'hui un moment jamais vécu ailleurs. Ma troisième station, celle où je dois justement expliquer ce qu'est un alexandrin, se donnera devant la roulotte de Daniel. Je m'y arrête donc, forme un demi-cercle avec le public (40 personnes tout de même, il est 13h sous le ciel bleu d'un printemps qui se prend pour l'été), puis je lis cette affiche collée à son flanc à la peinture écaillée, entre les cordes qui retiennent le toit en bâche plastique, près des roues aux pneus dégonflés, rouge émail, blanc crème sûrie, chrome crevé. J'annonce donc que nous sommes devant l'habitat de Daniel Hélin, fameux poète belge. Les gens applaudissent. Daniel sort son gros ventre et ses cheveux de mulet en cavale, son menton est bien rasé et ses deux pattes d'ours tiennent une feuille de papier.
Il lit un poème. Le moment est très beau. Court. Intense. Désolé. Souriant. Gratuit. Offert. Stupéfiant. Ensoleillé. Silencieux. Poétique. Magique. Simple. Et quand il se tait, les arbres sourient.
La digue est une mer en flottante élastique.
Oui, c'est un alexandrin. La leçon peut commencer.




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