ET DIRE ET OUISSANCE, ça veut dire quoi? aucune idée. Mais c'est le titre d'un festival de poésie où je suis invité. C'est peut-être Brocéliande, le pays de Merlin, Morgane, Arthur, et toute cette bande de légendaires qui leur donne le goût des mots magiques. Et celui-ci sent la jouissance et le plaisir!
Alors nous voilà à Paimpont, petite cité touristique toute en pierre de schiste de Bretagne, réunis dans un large gîte avec tous les auteurices, quelques bénévoles et membres de l'association Dixit qui ont mis tout ça en place. Anne Malaprade, Estelle Gillard et Benoît Toqué sont là aussi. Mais je retiendrai surtout la présence lumineuse de Hortense Raynal.
- Demain matin, je repeins la ville! Qui veut venir avec moi?
- si j'ai le courage, oui, bon bof...
A l'heure où les oiseaux chantent et où il fait trop froid pour sortir de son lit, l'enthousiaisme est embrumé dans trop de sommeil. Je serai seul, soit. J'enfile un pantalon, des chaussures de marche et j'empoigne mon pinceau à très long manche. Je prendrai aussi une dizaine d'affiches que je collerai au scotch double face.
Personne dans les rues à cette heure-ci. Il y a eu un match de football hier soir à l'autre bout de la terre. La France s'est battue contre le Paraguay, elle a gagné et ils ont fêté ça longtemps. Je peux donc travailler tranquille. Premier trottoir : "C'est un souvenir d'oiseau qui fait battre ton coeur". Plus loin, je trouverai l'arrêt de bus qui mérite une affiche. Tiens, le parking et les toilettes pour touristes aussi. Et ce passage pour piétons : "Vivement les lentement qui chantent!" en blanc sur le macadam.
Un petit "bonjour" murmuré au seul vivant du lieu. C'est un pêcheur qui tire sa ligne depuis le pont. Alors le sol se voit garni d'un long "Et parfumer la mer d'une odeur de bouée".
Attention! Le petit véhicule électrique du cantonnier municipal doit passer. Je me glisse derrière une haie, peut-être que mon travail le vexe. Il est passé sans me voir. Alors "La Beauté Broute, elle rumine longtemps" sur le sentier qui traverse la pelouse. Une affiche sur l'affichage libre devant l'église. Et puis ce tout nouveau "Qui du pêcher ou du grenadier finira par offrir des fleurs?" en pensant à toutes les guerres du monde. Je travaille pour les piétons, jamais pour les automobilistes, à la différence des taggeurs. Mon rythme est lent, paisible, poétique peut-être.
Il est 7h30 quand je retrouve le gîte. Personne n'est encore levé. Un ronflement s'entend à travers une porte de chambre, je ne sais pas laquelle. Voilà l'heure d'ouvrir ce carnet avec un verre d'eau et quelques cerises. La journée commence.

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